Site officiel du film Casa Nostra (2012) de Nathan Nicholovitch
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CASA NOSTRA - Making Off / Notre maison
À
L'IMPOSSIBLE
NOUS
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TENUS

À Lionel
Gravir l'Himalaya de la fabrication d'un premier film ne fait pas peur à certains courreurs de filles... euh, de fond. Nathan Nicholovitch, traversant le grand froid des regards détournés des distributeurs de subventions et d'avances, n'a pas hésité, il a fait seul. Enfin seul... Ce ne sont pas des gens d'argent qu'il a fini par convaincre (le doux mécénat n'existe plus que s'il rapporte, lui aussi tombé dans la marmite à Thatcher), mais ceux dont Diogène cherchait la lumière sur les visages avec sa lanterne - de simples humains - des gens de cœur et de corps, toute une cordée de courageux qui n'ont pas ménagé leur souffle, cinq ans durant, aiguillonnés par la vision inébranlable de N.N. qu'un jour, le film serait là. Il est là, aujourd'hui, et bien là, fabriqué par ces mains qui n'ont pas gelé tant elles avaient de travail à sculpter la bête à venir: un film à nul autre pareil, tout comme y faut pas, noir et blanc, pas l'ombre d'un bankable à reconnaître à l'horizon, un cadre autre, un pays de cinéma où vivre. N.N. c'est «Niet, niet, la norme ne nous noiera nullement !»
Yann Dedet
L'un des monteurs de Casa Nostra
ENTRETIEN
Céline Farmachi / Nathan Nicholovitch
PRODUCTION

M. M : Céline Farmachi et Nathan Nicholovitch, vous êtes les deux producteurs du film, à quand remonte la naissance de Casa Nostra ?

N. N : La première session de tournage de Casa Nostra a eu lieu pendant l'été 2005 mais la dynamique du film est issue d'un collectif qui s'appelle Les Films Aux Dos Tournés et il a donc été initié bien avant cette date. En 1999, Frédérique Blanchin, Guillaume Poyet et moi avons créé cette plate-forme. Nous voulions faire des films sans trop savoir comment s'y prendre. On s'est donc réunis et nous nous sommes mis à bricoler. Au fil des projets, pas mal de gens nous ont rejoints, des comédiens, des plasticiens, des techniciens de l'image et du son, voilà... Il s'est créé progressivement un collectif où chacun s'est engagé à sa façon, et à sa mesure.

C. F : C'était un espace d'expérimentation pour pas mal de gens... Certains avaient un désir de cinéma, d'autres une curiosité. Mais on avait en commun cette envie de faire des choses.
N. N : C'était un espèce de laboratoire. Un endroit où l'on pouvait penser et produire des projets de façon personnelle, de façon indépendante aussi. Tout cela avec des moyens dérisoires mais fait le plus sérieusement du monde. Nos films ont commencé à partir en festivals, ça nous a encouragés. Des méthodes de travail se sont aussi mises en place progressivement mais toujours dans un fonctionnement associatif. Tout le monde s'activait sur quelque chose à côté pour croûter et dans le même temps il nous fallait trouver l'énergie et l'argent pour accomplir des choses de cinéma. En 2003, nous avons fait le constat avec quelques-uns des comédiens, que le temps de jeu sur les tournages était trop court. Nous en sortions frustrés - avec le sentiment de ne pas être allés assez loin dans ce travail. Nous nous sommes dit : pourquoi ne pas essayer de trouver un autre fonctionnement autour du travail de l'acteur ? Nous avons donc monté l'Atelier Aux Dos Tournés dans la même énergie, avec la même organisation aussi, c'est-à-dire qu'il a fallu trouver l'argent pour réserver des salles, se réunir et ensuite se mettre au boulot. Une des choses            


importantes définie dès le départ dans cet atelier, c'est qu'il n'y aurait pas  d'autre objectif que le jeu - seulement l'expérience du jeu. Il n'y  avait pas d'autre film en vue, pas de pièce de théâtre, ni de  représentation quelconque... Nous voulions simplement jouer, trouver des méthodes de jeu et les éprouver sans aucune obligation de résultat. C'était le contrat. Tout le monde apportait des textes, des scènes de cinéma, de théâtre, de la poésie... voilà, là encore il s'est créé une troupe, comme on en trouve dans les compagnies de théâtre.

C. F : Au bout d'un an de travail dans l'atelier, Nathan a proposé son nouveau projet de film, le scénario n'était pas fini, mais il nous a présenté les personnages, leur lien, la fratrie est née. Ça nous permettait de concrétiser ce travail de recherche, de développer les outils de jeu, de se projeter. Je pense que la génèse de Casa Nostra se trouve à cet endroit et provient de cette envie de jouer (...)





Extrait d'entretien
Réalisé par Myriam Méchergui
clo

(...) Monter un projet avec Les Films Aux Dos Tournés, jouer avec ceux de l'Atelier. Partir en tournage in cha' Allah on verra parce que faut des sous, un gros tas de sous à l'aune de nos moyens, vertigineux. Mais on s'y colle, enthousiastes. On prépare. Dimanche je donne un petit coup de main administratif à l'asso. J'exécute sans trop chercher à comprendre. Le cinéma c'est pas mon rayon. C'est une respiration par rapport au boulot, c'est le jeu aux Ateliers, c'est les potes. Et je suis curieuse de l'expérience collective. Des fois on se réunit autour du projet, on appelle ça des AG. Jeudi on joue dans les vraies zones pas chauffées que sont les squats encore sauvages. Tout le monde ramène des textes. Le travail tend vers soi-et-l'autre : nous connecter, nous vouloir quelque chose, être « ensemble ». On se marre bien et ça bosse. (...)

Clo Mercier - Rôle de Mathilde

alicia

J'ai connu les gens de Casa Nostra grâce à mon frère. Il m'a parlé d'amis à lui qui montaient un atelier d'acteurs, et a insisté pour que j'aille voir leur travail. Ma rencontre avec Nathan se mêle à la découverte de sa méthode de jeu. S'investir totalement dans l'instant de la scène, réagir selon le contexte immédiat, dans l'écoute fine de son partenaire et de la résonance du texte en soi. Chaque atelier me provoquait des montées d'adrénaline, une jubilation intense. Le groupe a compté dans cet attachement, des personnailtés très fortes, des talents multiples et affirmés, l'amitié et l'envie de faire qui l'emportent. Même, pour ne pas dire surtout, leurs engueulades me séduisaient. (...)

Alicia Fleury - Rôle de Gaêlle
ENTRETIENS
Céline Farmachi
Rôle d'Hélène

M.M : Comme pas mal de personnes qui font partie de Casa Nostra, tu as toi aussi participé aux Ateliers Aux Dos Tournés ?

(...) On cherchait une sorte de lâcher prise, à être là sur le moment et à se surprendre les uns les autres et soi-même. Je me souviens avoir eu des  sentiments très contradictoires en sortant d'un atelier, soit en colère  parce que je savais que j'avais été dans la retenue, je n'avais pas  lâché et d'autres fois une grande satisfaction d'avoir été juste dans l'écoute par exemple, d'avoir été avec l'autre.

Gilles Kazazian
Rôle de BEN

G.K : (...) Avec les ateliers nous avons commencé à travailler le jeu, à réfléchir à la création d'un personnage, de ses émotions. Et nous sommes partis en tournage avec le désir, le rêve de faire du cinéma, et aussi l'idée de  la mise en œuvre d'un atelier plus conséquent. Nous allions essayer, expérimenter. Le tournage était pour nous, comédiens et membres de l'équipe technique, mis à profit dans cette idée de recherche, de laboratoire.


Extraits d'entretiens
Réalisé par Myriam Méchergui
du feu
HÉLÈNE

(...) M. M : Nathan a écrit le rôle en pensant à toi ?

C. F : En pensant aux trois, Clo, Gilles et moi. On a continué les ateliers en s'imprégnant de ces personnages, Nathan nous avait fourni des fiches personnages très détaillées sur chacun d'eux. Ça m'a beaucoup aidée, je savais par exemple qu'Hélène était allergique, je me servais de cette information parfois dans le jeu, après une scène d'engueulade par exemple – comme si sa colère suintait par ces démangeaisons qu'elle avait dans le cou. Et Hélène est devenue allergique (...)

EXTRAIT
ENTRETIEN
Céline Farmachi - Rôle d'HÉLÈNE


Réalisé par Myriam Méchergui
ENTRETIEN
Céline Farmachi / Nathan Nicholovitch
PRODUCTION

M. M : Qu'est-ce que c'est que produire un film comme Casa Nostra ?

N. N : La production est un des premiers moteur de création pour un film. C'est pour ça que je suis attaché à la production de mes films. C'est à cet endroit que se pensent les méthodes et les outils de fabrication. Ce sont ces choix qui déterminent avant le tournage, une écriture, un style, une forme au film.

C. F : Pour ma part, il m'a fallu comprendre ce que Nathan voulait faire, son regard, sa façon de travailler, ses priorités. Par exemple, il place le jeu au premier plan, son travail est axé sur les comédiens. Il n'hésite pas à faire de nombreuses prises et à tourner en plans séquences. En revanche il ne multiplie pas les axes de caméra. Il est donc indispensable d'en tenir compte dans le plan de travail. En conséquence pour gagner du temps, nous avons été attentifs dans la mesure du possible à repérer et regrouper nos décors et lieux de tournage par exemple.

N.N : Pour Casa Nostra, la production est évidemment atypique. D'abord parce que c'est un film totalement autoproduit, ça veut
dire que nous disposions de moyens techniques très réduits mais qu'en revanche nous avions une vraie liberté de faire. Il était question d'inventer avec le peu de choses dont on disposait, c'était très motivant comme dispositif. Comme l'a dit Céline, les comédiens et le jeu étaient au centre de notre dispositif, nous avons donc privilégié tout ce qui s'y rapportait plutôt que de louer une machinerie lourde par exemple. L'équipe technique de Casa Nostra est sensibilisée à cette économie et nous leur demandons d'être aussi responsables de ces contraintes.

C.F : Un autre point important a été d'assurer à l'équipe des conditions de travail les plus conviviales possibles, on a été attentifs à chaque session sur la qualité des repas par exemple, sur la possibilité d'avoir des lieux de rassemblement. C'était prioritaire compte-tenu des efforts que nous avons demandés à l'équipe.

N.N : Et puis il ne faut pas oublier l'importance de l'aide des copains, des copains de copains, de nos familles pour les décors, les costumes, les accessoires, etc. Le film leur doit aussi beaucoup.

Extrait d'entretiens
Réalisé par Myriam Méchergui
Pour Casa Nostra nous avons occupé de nombreux lieux, de nombreux décors, parcouru des milliers de kilomètres en voiture, en camion, en train et en bateau.

Jean-François Goin - Cadreur seconde caméra
flo

CASA NOSTRA / ACTEUR / Depuis toujours, les acteurs sont au centre du film. C'est sur eux que Casa Nostra se porte - uniquement eux. Tous sont exceptionnels. Nathan essaie de les rendre libres - qu'ils puissent être constamment force de propositions. L'espace de jeu doit être préservé, c'est une consigne très claire. La lumière du film se devait d'être entièrement à leur service et ne jamais être un frein à leur mobilité. Ceci m'a obligé à penser puis à installer la lumière de façon globale sur chaque décor - et non pas comme souvent de la penser plan après plan. Pour chaque séquence, il nous a fallu réfléchir à un dispositif permettant aux comédiens de se déplacer dans l'espace, tout en soulignant leurs émotions par petites touches. Pour cela, j'ai principalement utilisé des petites sources camouflées afin de renforcer et de modeler légèrement la lumière ambiante des décors sans aller contre sa direction initiale. Les nombreux décors d'appartements étriqués, dans lesquels il est très difficile de cacher des projecteurs, nous ont particulièrement compliqué la tâche. Selon moi, le rendu obtenu est une image assez léchée qui paraît pourtant réaliste, naturelle.

Florent Astolfi - Chef Opérateur


fanette

Toutes les méthodes classiques, de la production à la réalisation en passant par la direction d'acteurs, ont été affranchies des règles que j'avais connues jusque-là. En travaillant sur Casa Nostra, j'ai réalisé que ma façon de faire du cinéma était formatée. Nathan nous a proposé une vision brute et sensible de ce processus qu'est la création d'un film. Tout dans sa façon d'appréhender le tournage était nouveau pour moi : un scénario qui s'écrit au fur et à mesure, des scènes que l'on découvre quelques heures avant de lancer le moteur, des comédiens professionnels ou non poussés dans leur retranchement systématiquement et des sessions de tournage réparties sur des années. Un cauchemar dans mon travail de scripte. Gérer une continuité chronologique et des raccords dans ces conditions était un véritable casse-tête. L'une de mes fonctions est de garantir une fluidité au moment du montage : les enchaînement des plans et des séquences, les raccords costumes, accessoires, maquillages, coiffure, décors... Le dispositif de Casa Nostra a rendu le travail beaucoup plus compliqué, plus intéressant. Avec ce réalisateur, j'ai aussi appris à relativiser l'importance de certains raccords, à me décomplexer face à ce type de défauts quand l'émotion prime avant tout (...)

Stéphanie Lecomte - Scripte

EXTRAIT
ENTRETIEN

Yann Dedet - Monteur


Réalisé par Myriam Méchergui
EXTRAIT
ENTRETIEN
Nathan Nicholovitch - Mise en scène



Réalisé par Myriam Méchergui
clo
(...) Le plateau c'est la voiture, les chambres, la place du village, la salle de bain aménagée façon bazar. Y en a partout : des bouts de moquette aux murs, des plaques de polystyrène, des blondes coiffées de cinefeuille, des câbles qui dégringolent, des caisses de gélatine, des copains. Ils s'affairent dans une ronde technico-scripto-régique autour de nos espaces-champs millimétrés. Confinement. Des marques au sol. Des repères pour le regard. Concentration. Mathilde. On demande le silence. Tout se suspend. Nathan nous demande DU FEU. Me lancer, comme une toupie à la ficelle. Être avec Hélène, Ben et les autres. La caméra nous colle au train en valsant. La mixette dit stop, y a un avion. Nathan nous guide ailleurs dans le creux de l'oreille. (...)

Clo Mercier - Rôle de Mathilde
ENTRETIEN
Gilles Kazazian
Rôle de Ben

M.M : L'aventure a duré plusieurs années.

G.K : Nous nous retrouvions chaque année, durant l'été ou au début de l'automne, en différents lieux de France : à la campagne en pleine nature, en ville, à Lyon, Paris, Marseille. Beaucoup de lieux chargés d'histoire, que nous investissions pour tourner, étaient mis à disposition par des amis ou la famille. Tout cela était propice à créer un univers symbolique : Casa Nostra. Je pense que pour un projet qui s'est étalé dans la durée, c'était important qu'il y ait un noyau solide pour le mener à bien. Mais à chaque session, heureusement pour l'énergie du film, des personnes nouvelles en ont remplacé d'autres, ou se sont jointes au film pour des besoins spécifiques. Nous avons commencé sans savoir quand ça se finirait. À chaque session, nous finalisions une partie tout en sachant ce qu'il nous restait à faire - nous n'avions pas de film encore (...) 

Extrait d'entretien
Réalisé par Myriam Méchergui
Quand est-ce 
        qu'on repart ?
ENTRETIEN
Céline Farmachi / Nathan Nicholovitch
PRODUCTION

(...) N.N : Pour finir Casa Nostra a été produit sur sept ans. Le tournage s'est déroulé sur une période de cinq ans en quatre sessions de tournage.

C. F : Deux sessions de tournage ont été réalisées en 2005 et 2006, elles ont été produites par Nathan et Frédérique. Le bilan financier du tournage 2006 a été déficitaire. Nathan et moi avons alors décidé de reprendre les dettes et la production ensemble. Nous avons créé la société Casanostra Production pour finir le film qui s'est achevé en 2012.

M / Très concrètement, comment avez-vous trouvé de l'argent ?

C. F : D'un côté nous travaillions sur des projets de vidéos institutionnelles qui nous ont permis d'investir en fonds propres sur le film. Et de l'autre, nous avons sollicité des mécènes.
M. M : Donc il a fallu convaincre des gens, ça a été difficile ?

C. F : Convaincre des gens en allant à leur rencontre, ce n'est pas si difficile. Par contre obtenir des aides de financements classiques du cinéma, c'est une autre histoire. Comme le disait Nathan, nous avions l'envie, l'énergie, des volontés et de la ténacité mais pas de réseau…

N. N : On a bien évidemment sollicité le CNC (Centre National de la Cinématographie), nous n'avons pas eu l'aide avant réalisation. Nous avons demandé l'aide de différentes régions sans résultat. Et pour l'instant aucune télé n'a montré d'intérêt pour le projet. Monter ces dossiers-là, établir ce type de budgets, c'est beaucoup de travail évidemment. Ça n'a pas abouti pour Casa Nostra mais on s'y préparait. Nous cherchions d'autres moyens de financement en parallèle. Pour un budget de film classique, le coût de fabrication de Casa Nostra est dérisoire mais pour une autoproduction, ça devient des sommes très importantes. Et cet argent est indispensable 
pour mettre le collectif en branle, voilà, c'est un gros travail, il faut y croire. Je veux le dire très clairement, gagner de l'argent sur ce projet n'a jamais été un moteur ni pour nous, ni pour l'équipe.

M. M : Est-ce qu'il y a eu des moments où vous avez eu l'idée d'arrêter le film ?

N. N : L'idée oui... Le film s'est fait par étapes donc la certitude de le finir était repoussée à chaque fois. Dans ces moments-là les enjeux n'étaient pas seulement liés à sa finalisation mais surtout à toute cette équipe qui s'était engagée à nos côtés. S'imaginer leur dire : « Le film s'arrête », c'était inenvisageable. Il y a une expression dans ma famille qui dit : « Tu as voulu la bicyclette ? Maintenant pédale ».

C. F : C'est vrai que cette notion d'équipe nous a aidés à nous dépasser par moments. Mais pour être tout à fait franche, nous savions aussi que si nous devions prendre cette décision, Nathan et moi serions tous deux responsables de cet échec et nous devrions en assumer les conséquences. Ça nous renvoie à la question
sur la production : c'est aussi prendre des risques.

M. M : Le projet tel qu'il est raconté a tellement d'écho avec le titre du film que je voudrais bien avoir quelques mots sur ce titre. Qui l'a trouvé, est-ce que c'est le collectif ?

N. N : Non, c'est moi qui l'ai proposé. J'ai l'impression quand même que depuis le début, il est question de famille, de faire des films collectivement, ça fait dix ans que ça dure. C'est un film qui parle de famille, fait en famille. Casa Nostra c'est parler de ces trois personnages-là, de cette fratrie, mais c'est aussi parler de nous et de ce qui nous lie.







Extrait d'entretien
Réalisé par Myriam Méchergui
Nous avons dormi chez la productrice, chez ses voisins, chez des amis, chez l'habitant, dans des gîtes, ou sur les plateaux de tournage.

Jean-François Goin - Cadreur seconde caméra
françois

« Un film avance comme un train, un train dans la nuit »
F. Truffaut


Je n'ai pas vu le film, mais je l'ai vu germer, grandir, s'anéantir et renaître à nouveau, plusieurs fois. Une aventure cinématographique rare dont j'ai été un témoin distant et privilégié. Ami de chacun, je me suis tenu soigneusement à l'écart du projet, d'où mon désir de témoigner.

(...) Car vu depuis la périphérie, Casa Nostra c'est la douleur qui transpire de l'espoir. 100 fois j'ai vu le film sombrer financièrement, 100 fois l'équipe douter et se déchirer. Les espoirs de chacun étaient à la hauteur des investissements personnels, titanesques. Je regardais tout ceci se cristalliser sur l'âme du réalisateur, que j'ai vu au fil du temps s'assombrir, dévoré par l'œuvre. Au bout de quelques années, Casa Nostra était presque devenu notre unique sujet de conversation, mais jamais nous n'avons évoqué l'idée de tout laisser « en plan » ce n'est pas dans les habitudes de la maison. (...)


François Fleury
Kampala, 07/06/2012
alicia
(...) Plusieurs mois sont passés encore. Un jour Nathan m'appelle pour m'annoncer qu'avec Céline ils ont réuni l'argent pour un nouveau tournage. Cette fois je vais jouer !

       – C'est prévu pour quand ?
       – Dans six semaines.
       – Mais c'est soudain !
       – Heu c'est pas l'impression que j'ai... (...)

Alicia Fleury - Rôle de Gaëlle

david
(...) Un mail, un rendez-vous, un bar - 24 août 2009. Nathan arrive. Est-ce que je corresponds au personnage qu'il cherche ? Le scénario que j'ai lu d'une traite quelques jours plus tôt m'a séduit. Une histoire de famille, de couples, de déchirures, de retrouvailles. En lisant Casa Nostra, je me dis que c'est écrit pour les hommes aussi bien que pour les femmes. Chaque personnage existe, s'exprime à sa façon, je les imagine déjà tous très bien. Nathan cherche un comédien qui parle italien pour jouer le rôle de Paolo. Je me prépare pour les essais mais mon accent me fait penser que le rôle n'est pas pour moi. J'ai envie de faire partie de ce film. Je cherche des pistes de travail pour cet avocat qui ne me correspond pas. Non, ça ne colle pas du tout ! Les essais confirment mon sentiment. Une procession indienne passe sous mes fenêtres. Plus tard, je retrouve Nathan dans un bar près d'Anvers. Il me propose de faire des essais pour un autre rôle : celui du cocu. Jean-Nöel. Je rencontre Alicia (...)

David D'Ingéo - Rôle de Jean-Noël

« parle-lui »
BEN

(...) Je lisais le scénario plusieurs fois par jour, à différents moments de la journée ou de la nuit. Quand on dit « moteur » c'est le moment où je me sens le mieux. Je fais ce que j'aime. Plus rien n'a d'importance à part Ben. Je suis libre (...)

EXTRAIT
ENTRETIEN
Gilles Kazazian
- Rôle de BEN


Réalisé par Myriam Méchergui
thomas

Je débarque sur Casa Nostra comme perchman lors de la troisième session de tournage. Je commence à comprendre où j'ai mis les pieds au bout de la quinzième prise d'une longue scène forte en émotions - quand je saisis que nous tournons un plan séquence. La scène ne sera donc pas re-filmée sous d'autres axes de caméra. Le tournage de Casa Nostra, c'est tout sauf se couvrir - c'est justement se découvrir. C'est se mettre en danger, faire advenir l'imprévu, sortir du chemin balisé, et ce pour les techniciens autant que les comédiens. Au tournage, la technique doit le moins possible contraindre la liberté des comédiens. Même si les dialogues sont écrits et la mise en scène précise, les placements et mouvements des acteurs, le rythme de la parole ne sont jamais figés et trouvent leur liberté au fil des prises. Cela demande une grande souplesse de la part de l'équipe, sans jamais transiger sur l'exigence de la qualité technique. En ce qui concerne le son, le perchman, qui s'occupe en quelque sorte de la « mise au point » du son, par le (dé)placement du micro principal, doit être en connexion forte avec les comédiens. Il est aux aguets de leurs moindres variations de jeu, de leurs élans, de leur rythme propre. Cela requiert de mettre de côté des habitudes de travail, d'abandonner un certain confort, et d'accepter de se mettre en danger, de se laisser malmener... Tout en gardant une implication totale (...)

Thomas Buet - Ingé Son

candice

(...) J'ai intégré le projet en aidant Nathan à la relecture du scénario. Il écrivait et nous en discutions, j'ai donc suivi les nombreuses évolutions du texte. Quand Nathan m'a proposé de jouer le personnage de Rose, j'ai tout de suite accroché à cette scène. Je la trouve drôle et terrible à la fois. Elle reflète la problématique du personnage de Ben (mais aussi des ses sœurs), ses défaillances et son incapacité. Même quand il paie, ça ne fonctionne pas. Arrive enfin la nuit du 13 août 2010. Nous avons peu répété, j'ai peur, mais l'envie et l'excitation sont si fortes (...)
Candice Carmassi - Rôle de Rose
Nous avons assisté aux mêmes réunions, aux mêmes briefings, aux mêmes débriefings, aux mêmes encouragements et aux mêmes coups de gueule.

Jean-François Goin - Cadreur seconde caméra
flo

CASA NOSTRA / NOIR ET BLANC / Le choix du noir et blanc est un choix qui s'est fait lors de mon arrivée sur le projet, lors de la troisième session. La moitié du film avait déjà été éclairée par Guillaume Faure. Nous avons visionné Nathan et moi une sélection de rushes en couleur, puis pris la décision de tourner le reste du film dans cette tonalité. D'un point de vue purement esthétique, le noir et blanc s'associe facilement au passé, aux vieilles photographies de famille et plus précisément à l'enfance, thème principal du film. D'un point de vue pratique, il était aussi plus simple de gommer les défauts de certains rushes en supprimant les dérives de couleurs à la source, c'est-à-dire directement sur le rushe original. Le principal danger du noir et blanc est de tomber dans une image esthétisante ou très marquée, ce qui va totalement à l'encontre des goûts de Nathan - lui qui insiste constamment pour que la lumière ne se voie pas. Nous avons opté pour une image avec une grande dynamique, composée de nombreuses nuances de gris, tout en gardant un contraste assez fort, comme sur les vieilles pellicules photographiques de l'époque. En postproduction, nous avons également ajouté un léger vignettage sur l'image, afin de renforcer l'effet pellicule instantanée des vieux appareils.

Flo Astolfi - Chef Opérateur

L'aventure Casa Nostra a été comme un vent qui vient du sud, légèrement chaud et généreusement bon, qui vous porte de l'intérieur et qui vous fait aimer les gens qui se trouvent autour de vous.

Fernando Scaerese - Rôle de Paolo
artisans
(...) Un jour, je joue. Un jour, je cuisine. Un jour, je fais des photos. Un jour, je bloque une route de campagne pour une scène avec un loup qui ne sera pas montée. Un jour aussi, je suis là, je ne fais rien. Un jour, je suis au Festival de Cannes. Un jour, j'ai rencontré Les Films Aux Dos Tournés.

David D'Ingéo - Rôle de Jean-Noël
MATHILDE

EXTRAIT
ENTRETIEN
Clo Mercier - Rôle de Mathilde


Réalisé par Myriam Méchergui
clo

(...) Un été je les retrouve pour préparer la dernière session de tournage. La BMW presque pareille, mes frères et sœurs de jeu presque pareils. Un petit sourire des yeux avant de jouer, il suffit d'être ensemble et nous existons. (...) Nous jouons à Auvers-sur-Oise, la fin, au pavillon, quand on était plein. Les copains à leurs postes et les nouveaux. Cette ambiance du faire, cette vie de troupe. Toujours le système D, un brin de maturité et de rigueur en plus. Le tournage du film est terminé. En 2011, Lionel est mort. Après c'est le montage. Je passe y jeter un œil quand l'impatience est trop forte. Drôle de boulot, doivent aimer les casse-tête chinois les monteurs. Je vois Nathan qui cherche avec eux, ballotté en pleines tempêtes vertigineuses ou qui malaxe intensément sa pâte et la fait reposer. Au final, la matière Casa Nostra est taillée court, élaguée, montée comme une mayonnaise. (...)

Clo Mercier - Rôle de Mathilde
EXTRAIT
ENTRETIEN
Gilles Volta - Co-Monteur


Réalisé par Myriam Méchergui
(...) Aujourd'hui Casa Nostra est là, façonné sans concession et sans artifice. Noir & blanc pourquoi ? Le format carré comme c'est étrange… Et alors ? Il faut le vivre ce film c'est tout (...)
Céline Farmachi - Rôle d'Hélène

Illustrations Affcihes : Roulious
ENTRETIEN
Céline Farmachi / Nathan Nicholovitch
PODUCTION

M. M : Rétrospectivement, est-ce que vous pourriez qualifier votre démarche comme quelque chose d'amateur ? 

N. N : Oui tout à fait. Pour la plupart d'entre nous, il fallait travailler sur d'autres choses à côté du projet pour vivre. Donc c'était à la fois quelque chose de prioritaire sans que ça puisse l'être totalement au quotidien. En l'occurrence, on a gardé une grande exigence de travail tout du long.

C. F : Oui... Il y a toujours eu de l'engagement. Par exemple, les ateliers pourraient être qualifiés d'amateurs mais on bossait dur, on progressait, on voulait apprendre... sans ce travail, on n'aurait pas pu faire ce film. Les tournages étaient « allégés » en moyens techniques mais ce qui n'a jamais compromis les exigences artistiques. Donc amateur dans la définition mais pas dans les faits.
N. N : Il faut dire aussi qu'à l'Atelier, comme sur les tournages d'ailleurs, il y avait des acteurs amateurs et d'autres qui avaient plus de métier, ça tirait vers le haut. Les comédiens dits « amateurs » reconnaissaient les bienfaits de travailler avec des comédiens professionnels et eux-mêmes reconnaissaient tout autant l'intérêt de travailler avec des gens dont ce n'était pas le métier. Faire se croiser ces gens-là était très stimulant. Donc plutôt qu'amateurs, j'associerais notre démarche à celle d'artisans. On était sur le métier. Mais moi j'aime bien ce mot : amateur...

M. M : Le mot a une belle racine… L'année dernière le film a été programmé au festival de Cannes, qu'avez vous pensé à ce moment ? Comment ça s'est passé ?

C. F : On était en train de finaliser le film quand l'ACID (L'Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion) nous a annoncé que Casa Nostra était sélectionné
dans sa programmation pour le festival de Cannes. Vous imaginez la joie de l'équipe... C'est évidemment un tournant dans la vie du film. On allait enfin sortir de la cave. Enfin une structure s'intéressait à notre projet. On nous donnait la possibilité d'aller à la rencontre des distributeurs et nous sommes partis à Cannes avec cet espoir en toile de fond.

N. N : Oui, c'est un tout autre travail qui commence à ce moment-là... Comme d'habitude nous sommes partis en meute au festival. D'ailleurs une grande partie de l'équipe a découvert le film là-bas, en salle au milieu du public... Enfin voilà nous sommes allés le présenter, rencontrer le public, les distributeurs, les exploitants... Nous avons recueillis les premiers retours sur le film, c'était très étonnant. Nous avons senti tout de suite que le film divisait : certains restaient à l'extérieur, d'autres le prenaient en pleine poire.

M. M : Qu'est-ce que ça vous fait
d'imaginer que le film va bientôt sortir en salle ?

C. F : Un grand soulagement. C'est un aboutissement. Il va rencontrer le public, ce qui est l'espoir de chaque film.

N. N : Il y a l'aspect tout à fait miraculeux de voir le film distribué, c'est un rêve après lequel je cours depuis longtemps. Et puis dans le même temps nous sommes pris dans la réalité du moment, le travail lié à la sortie du film, il y a d'autres enjeux qui se mettent en place. On essaye d'accompagner le film avec le distributeur, avec l'ACID, avec Chloë et Audrey - les attachées de presse. On découvre cette partie là du travail, on continue d'apprendre.

M. M : Il va sortir en avril. Vous avez la date précise ?
LE 10 AVRIL
AU CINÉMA