Site officiel du film Casa Nostra (2012) de Nathan Nicholovitch
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CASA NOSTRA - Critique Presse Canal+
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21.05.2012 - Olivier Pélisson / Canal+ Cinéma

Belle découverte que Casa Nostra. J’ai d’abord été frappé et happé par la beauté de l’image. Beauté du noir et blanc. Qualité de la densité. Les visages et les corps sont magnifiés par la caméra. Incroyable ce rendu de la peau et du grain propre à chaque personnage.

J’avais l’impression que la « Casa Nostra », c’était finalement eux, leurs corps et chaque pore de leurs peaux. Je pense aux visages, aux regards, aux cheveux. Je suis marqué par ses trois corps qui se retrouvent et s’étreignent, physiquement comme métaphoriquement. Leurs têtes qui s’emmêlent et se réunissent pour cette virée vers l’origine. J’étais d’ailleurs perdu géographiquement, à part Marseille. Mais j’ai aimé ne pas savoir où se trouvaient exactement les trois phénomènes. L’important était le voyage, comme souvent. Plus le film avance, plus on s’attache à eux. Plus on les trouve beaux.

Bravo pour tout le travail formel, cadre, lumière, son, montage. On sent une grande précision et en même temps les corps et l’émotion s’y épanouissent. L’émotion gagne au fil du chemin. Née de la complicité de la fratrie retrouvée, mais aussi des éclats de vie qui éclaboussent leur route de traverse.

Le travail sur les ellipses s’ajoute à la non-localisation pour nous concentrer sur le mouvement des êtres. Belle idée. On leur colle à la peau avant tout. Le côté « film serré » lui donne une vraie force. Le format carré me plaît. J’aime le retrouver aujourd’hui chez vous, comme chez Gus Van Sant ou Kelly Reichardt (La Dernière piste). Nos repères sont bouleversés et forcés à s’habituer à regarder autrement.

Étonnant comme à certains moments le cadre explose quand le fond est noir. Je pense à un gros plan sur le père en train de parler. On voit son visage et sa chevelure grise qui captent la lumière. Autour, que du noir, et du coup les limites du format carré disparaissent pour se fondre dans le cadre scope de l’écran. Comme un océan de noir intense.

J’ai découvert tous les comédiens. Des révélations. La voix de Céline Farmachi, chaude, solaire, rocailleuse. Sa présence comme un I qui parfois ploie sous le poids de l’émotion. L’énergie mi-mutine mi-farouche de Clo Mercier, entre éternelle ado et femme rebelle. Le charisme de Gilles Kazazian, en trentenaire à la virilité en déroute. La force de Francine Diehl en mère libre et sans contrainte. Quelle présence. J’espère que le film va lui aussi trouver son chemin. Et qu’un distributeur va vous ouvrir la voie.