Site officiel du film Casa Nostra (2012) de Nathan Nicholovitch
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CASA NOSTRA - Critique Presse : Le Monde
LE MONDE

10.04.2013 - Noémie Luciani
LIEN : lemonde.com

A la mort de leur père, dont ils n'ont jamais été proches, deux sœurs et un frère se retrouvent sur les routes, vers la maison familiale où les attend leur mère. La réunion n'est pas simple : Hélène a quitté Rome pour venir chercher Mathilde à Marseille. Ensemble, elles sont venues à la rencontre de Ben à Lyon. Ce dernier, qui a toujours été le capricieux des trois, refuse alors de se rendre auprès de leur mère tant qu'il n'aura pas retrouvé Gaëlle, son grand amour, qu'il soupçonne d'avoir trouvé refuge dans un village perdu dans la montagne...


C'est en noir et blanc et dans un peu habituel format carré que Nathan Nicholovitch suit les traces de cette fratrie mi-soudée, mi-détruite qui se cherche avec maladresse. Déconcertant durant les premières minutes, ce cadre impose très vite son sens, et éveille l'intérêt : il maintient une impression d'étroitesse qui semble servir de contrepoint aux efforts manifestes du trio pour fusionner comme il a pu le faire dans l'enfance.

Non qu'un gouffre se soit creusé entre eux : ils sont proches comme on peut l'être, partagent un code, un humour, des souvenirs paisibles et d'autres douloureux. Mais l'étroitesse du carré, qui prend sur l'écran de cinéma si peu de place, vient rappeler à chaque instant que rien de cet harmonie n'est gagné, pas même à l'ancienneté, et qu'il faut sans cesse se battre contre soi et contre l'autre au nom de la fratrie.

Invité à observer cet équilibre dans sa fragilité comme dans sa vigueur, le spectateur vient à la rencontre des trois personnages avec un choix de lecture tout à fait intéressant : le cadre persiste à les séparer, ou ne les réunit qu'à l'étroit. Apaiserons-nous, stabiliserons-nous mentalement cette réunion, ou les maintiendrons-nous éloignés ?
Remarquablement équilibré, le trio formé par Clo Mercier, Céline Farmachi et Gilles Kazazian donne à voir un tissage de tensions, rancœurs, inquiétudes partagées, agacements, amour, infinie tendresse avec une palette de nuances que l'on pourrait difficilement rêver plus crédible.

Cherchant à construire en parallèle du portrait du trio les caractères singuliers de chacun de ses membres ainsi que celui du père défunt, au centre d'une représentation théâtrale métaphorique surprenante, Casa nostra donne comme ses personnages le sentiment de chercher toujours sa route.

Le passage du singulier au triple, du triple au singulier, de la vie au théâtre, souffre d'un manque de structure qui explique que l'on ne s'attache pas autant sur la durée à ces destins croisés que l'on aurait aimé le faire. Si l'on n'y prête pas garde, l'attention risque de faiblir un peu. Mais la belle justesse du jeu des acteurs conjuguée à un travail de l'image aussi riche de sens que celui de Nathan Nicholovitch mérite bien toute notre concentration.

LIEN : Lemonde.fr